8ᵉ Concours Voix des Outre-mer : le talent et l’enthousiasme en partage !

8ᵉ Concours Voix des Outre-mer – Finale – Amphithéâtre de l’Opéra national de Paris-Bastille – Jeudi 29 janvier 2026
La grande finale du 8ᵉ Concours Voix des Outre-mer s’est tenue le jeudi 29 janvier dans l’amphithéâtre de l’Opéra Bastille, confirmant une fois encore le rôle essentiel de ce concours : démocratiser l’accès à la culture et révéler les talents ultramarins sur la scène nationale et internationale.
Un projet artistique et social unique
Organisé par l’association Les Contres Courants, le concours Voix des Outre-mer a été fondé par Fabrice Di Falco, contre-ténor de renommée internationale originaire de Martinique, et Julien Leleu, contrebassiste de jazz. Tous deux consacrent chaque année plusieurs mois à dispenser des formations gratuites dans les territoires d’Outre-mer, offrant ainsi un véritable levier d’intégration sociale par la culture.
Le concours est ouvert aux talents ultramarins des neuf territoires d’Outre-mer. Son ambition première reste la préparation à la professionnalisation, à travers un programme pédagogique exigeant et accessible. Il poursuit plusieurs objectifs majeurs :
- Promouvoir l’excellence artistique, grâce à un encadrement assuré par des professionnels de renommée internationale ;
- Valoriser la diversité musicale, en croisant traditions locales et répertoire lyrique ;
- Proposer une formation complète (technique vocale, diction, interprétation, scène) ;
- Favoriser la professionnalisation, via des partenariats institutionnels et artistiques ;
- Encourager la performance scénique, par des concerts, récitals et productions d’opéra ;
- Contribuer au développement culturel local dans les Outre-mer.
Une édition de prestige
Onze finalistes, issus des finales régionales, se sont succédé sur scène. Pour cette 8e édition du concours, les organisateurs ont mis les petits plats dans les grands : pour la première fois dans l’histoire du concours, les chanteurs étaient accompagnés par un orchestre symphonique, l’Orchestre du Théâtre de Rungis, dirigé par Laurent Goossaert. La soirée a fait l’objet d’une diffusion en léger différé sur France 4.
Le jury prestigieux, présidé par Richard Martet, réunissait notamment des directeurs d’opéras (Alexander Neef, directeur de l’Opéra national de Paris ; Frédéric Roels, directeur de l’Opéra Grand Avignon ; Valérie Chevalier, directrice de l’Opéra de Montpellier, …) ; des chanteurs (la mezzo-soprano Marie-Nicole Lemieux, marraine de la finale 2026) ; des comédiennes et humoristes (Claudia Tagbo et Sonia Rolland) ; …
La présence remarquée de Thomas Hampson dans la salle ajoutait à l’éclat de la soirée, encore magnifiée par deux invitées de marque, anciennes lauréates du concours : Marie-Laure Garnier, ovationnée dans un extrait de Porgy and Bess ; Laetitia Volcey, émouvante dans la prière de Tosca, puis d’un raffinement absolu dans une Habanera de Carmen dénuée de toute vulgarité. Enfin, le jeune violoncelliste Lyam Chenaux a apporté une contribution pleine de fraîcheur par sa poétique interprétation du Papillon de Fauré.
Les lauréats

Quatre prix ont été attribués au cours de la soirée.
- PRIX CHRISTIANE EDA-PIERRE :
Naïma Wanshe (soprano, Congo) - PRIX DES VOIX D’OUTRE-MER
Joseph De Cange (baryton, IDF-Guadeloupe) - PRIX JEUNE TALENT :
Nelson Charles (ténor, Martinique) - PRIX COUP DE COEUR DU PUBLIC :
Wayne Illidge (baryton, Guadeloupe)
Promesses d’avenir
Quatre artistes particulièrement prometteurs concouraient pour le prix Christiane Eda-Pierre :
- Joseph II Bessala (Cameroun), au phrasé très soigné dans L’Invitation au voyage ;
- Victoria Lingock (Cameroun), faisant valoir un timbre sombre et profond en Azucena ;
- Dmytro Voronov (Ukraine), Escamillo maîtrisant le large ambitus requis par les couplets d’Escamillo ;
- Naïma Wanshe (Congo) – lauréate incontestée, remarquable Isabelle de Robert le Diable : legato soigné, aigus radieux, liaison entre les registres parfaitement maîtrisée : cette artiste est déjà prête à faire ses premiers pas sur scène !

Pour le Concours Voix des Outre-mer en soi, les talents n’ont pas manqué non plus ! Bien sûr, on remarque ici ou là quelques limites ou fragilités chez les candidats, s’expliquant par leur grande jeunesse, ou une formation académique encore récente : timbre un peu vert, soutien vocal perfectible (Enora Chaigne, espiègle Despina ; Cessia Ramassamy, Chérubin plein de fraîcheur ; Sarah Gosselin, qui dispose de beaux moyens de soprano lyrique en devenir ; Elikya Tsimba Vacheret, 12 ans seulement, mais déjà une belle assurance et une belle volonté d’incarner vocalement et scéniquement le personnage de Barberine) ; projection qui gagnerait à plus d’arrogance (le Leporello soigné de Wayne Illidge) ; registre aigu encore limité (le duc de Mantoue de Matahi Taruoura, malgré une émission vocale naturelle et un joli timbre clair). Ces remarques cependant pèsent peu au regard de la préparation sérieuse dont ils ont fait preuve, de leur engagement sincère et d’une évidente envie de donner le meilleur d’eux-mêmes, salués par un public extrêmement chaleureux.
Plusieurs finalistes se sont particulièrement distingués :
- Elisha Kingue Lobe Passe (Réunion, soprano), 18 ans, voix légère mais chaude, touchante Sophie de Werther (mention encouragement Pôle Outre-mer) ;
- Nelson Charles (Martinique, ténor), déjà familier des plateaux télévisés, extrêmement à l’aise dans son interprétation de Funiculì Funiculà ;
- Joseph De Cange, (IDF, Guadeloupe, baryton), diction exemplaire et sens aigu de la déclamation dans Hippolyte et Aricie de Rameau, couronné par le Grand Prix. Une récompense que, selon nous, il aurait pu partager avec :
- Axel Trival, d’une élégance remarquable, émission parfaitement contrôlée et timbre superbe (mention encouragement Pôle Outre-mer) ;
- Marion Charlo Smith, impressionnante d’abattage et de précision dans l’air d’Adèle du Comte Ory, malgré un aigu final un peu court.
Une conclusion fédératrice
La salle, comble et enthousiaste, a réservé une ovation aux artistes. Pour conclure la soirée, tous les artistes ont uni leurs voix dans un émouvant Amazing Grace, symbole parfait de l’esprit de partage et de transmission du concours.
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N.B. : La cérémonie sera disponible en rediffusion sur France.tv et le 28 février sur France Musique.