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Aux Invalides : un voyage dans le premier XIXe siècle avec la Garde républicaine et le Chœur de l’Armée française

Un bien agréable voyage au début du XIXe siècle, voilà ce que nous ont proposé la musique de la Garde républicaine ainsi que le chœur d’hommes de l’Armée française. Dans une cathédrale Saint-Louis des Invalides remplie, ce concert en deux parties a charmé l’assistance pour rendre hommage au Général Baudouin, tombé lors de la campagne de Russie de Napoléon, à l’occasion des célébrations du bicentenaire de la mort de l’Empereur.

Chœur de l’Armée française – © Fabrice Bourdeau

La première partie, jonchée de chants écrits tantôt à l’époque napoléonienne, tantôt en sa mémoire, par des compositeurs oubliés ou très célèbres, nous a offert une expérience inédite avec un chœur de l’Armée française en très grande forme. Nous pouvions entendre un chœur d’hommes parfaitement équilibré, et il faut souligner le fabuleux travail du Commandant Émilie Fleury, cheffe de cette grande formation. Les ténors d’abords mis à l’honneur dans l’hymne corse, les barytons, les basses, tous en parfaite harmonie, nous ont une fois encore exposé leurs grandes voix dans ce répertoire insolite et qu’on est heureux de découvrir à cette occasion. Leur enthousiasme, leur joie d’être là, la bonhommie dont ils nous ont fait cadeau ont été particulièrement appréciés aussi bien de l’assistance néophyte que des oreilles les plus confirmées. Enfin, la pièce de Robert Schumann « Les Deux Grenadiers » nous a rappelé que l’air de « La Marseillaise » était, à l’époque encore, considéré comme un chant populaire (pour rappel, l’origine de la musique est controversée, Rouget de Lisle ne l’ayant pas signée contrairement à ses autres compositions).  

« Les Deux grenadiers » par Dietrich Fischer- Dieskau et Gerald Moore

Les Deux Grenadiers (Heinrich Heine)

Je les ai vus, ces deux grenadiers
Qui s’en revenaient vers la France !
Et qui des Russes longtemps prisonniers
N’avaient plus qu’une espérance.
Ami, je m’en fie à tes soins
Mon cœur brisé te prie!
Si je dois mourir, que mon corps du moins
Repose dans ma patrie,
Soudain autour d’eux ce bruit va grandissant :
La France est vaincue et succombe
Ses fils ont pour elle épuisé tout leur sang.
L’empereur est captif ! Le Dieu tombe !
Ma croix tu me l’attacheras
Pure et de sang trempée !
Que mon fusil reste à mon bras
Et dans ma main l’épée !
J’ai vu des pleurs s’échapper de leurs yeux !
Car la nouvelle était vraie
L’un dit alors : Je suis trop vieux !
Je sens se rouvrir ma plaie !
Je serai de l’éternel sommeil
La sentinelle muette
Et les canons sonneront mon réveil
Avec la joyeuse trompette
L’autre dit : Adieu chanson !
La mort fait mon envie,
Mais j’ai là-bas, femme et garçon
A qui je dois ma vie,
Que mon Empereur sur mes os passe alors :
Tambours faites-vous entendre !
Armé, je me lève et de terre je sors,
J’ai mon Empereur à défendre !
Femme, garçon, amour, enfant
Pour moi, c’est fait ! rien ne vibre!
Lui mon Empereur, toujours triomphant !
Lui mon Empereur n’est pas libre !

Traduction Jules Barbier

L’Orchestre symphonique de la Garde républicaine à la Philharmonie de Paris –

Une balade historique qui s’est continuée en deuxième partie avec l’Orchestre de la Garde Républicaine, qui a magnifiquement interprété la 3e Symphonie de Beethoven « Héroïque », composée et dédiée par le maestro en l’honneur du symbole de grand républicain qu’était Bonaparte. Mais Beethoven a rayé cette dédicace lorsqu’il apprit que Napoléon s’était fait couronner empereur. Il aurait alors dit : « Ce n’est finalement qu’un homme comme les autres… ».

L’orchestre dirigé par le Colonel François Boulanger, nous a livré une très belle performance qui a su à son tour convaincre le public par sa parfaite exécution. Les vents très souvent mis à l’honneur dans cette œuvre, débordants d’énergie, ont fait une fois encore montre de la grande tradition de l’école française en la matière. Nous soulignerons d’ailleurs que le cor solo Corentin Billet, jouait ce soir là son premier concert à ce poste et qu’il a fait honneur à son prédécesseur Jean-Michel Tavernier. Nous avons particulièrement apprécié le travail des contrastes chers à Beethoven. Les cordes ne sont pas en reste et ont su nous transporter, avec les solistes des bois, lors de la marche funèbre dans les couleurs les plus sombre, puis vers la lumière timide, soubresaut d’espoir dans la grisaille du deuil. De la fougue du scherzo jusqu’à la grandeur du final, François Boulanger a emmené avec dynamisme et une jovialité communicative l’orchestre et tout le public, et a ainsi donné une dimension encore plus grande à ce chef d’œuvre absolu du romantisme.

Tradition, renouveau, découverte, rigueur, ont été les clefs de ce merveilleux spectacle, à l’image de ses interprètes et de l’institution qu’ils représentent, les yeux tournés vers notre histoire, le cœur à l’ouvrage présent et l’esprit guidant vers l’horizon.

Les artistes

Chœur de l’Armée Française, dir. Emily Fleury
Orchestre symphonique de la Garde républicain, dir. François Boulanger

le programme

Hymne corse
Méhul, Chant du Départ ; Chant du 14 juillet 1800 (extrait)
Catel, Hymne sur la reprise de Toulon
Chanson populaire: Fanchon, Marche d’Austerlitz
Massenet, 1812, Salut Moscou
Schumann, Les Deux Grenadiers
Kastner, Chant des artilleurs à cheval
Helmer/Krier, Le Rêve passe
Louis, Les Exilés
Spontini, Fernand Cortez ou La Conquête du Mexique (extrait)
Beethoven, Symphonie no 3 en mi bémol majeur, Sinfonia Eroica, opus 55